- Ce que c’est. Un fragment de l’hormone de croissance humaine, pas l’hormone entière. Seize acides aminés au lieu de cent quatre-vingt-onze, plus une tyrosine ajoutée en tête.
- D’où ça vient. D’un programme pharmaceutique australien de la fin des années 1990, qui cherchait un médicament contre l’obésité. Le composé est entré en essais cliniques de phase II, et il n’en est jamais ressorti avec une autorisation.
- Ce que la littérature en dit. Vingt-deux publications indexées à PubMed au 12/08/2026. La plupart ne portent pas sur son efficacité : elles portent sur la façon de le détecter.
- Ce qu’elle n’en dit pas. Aucun essai de phase III publié, aucun résultat d’efficacité chez l’humain qui ait franchi l’étape réglementaire.
- Ce qu’il n’est pas. Ni médicament autorisé, ni complément alimentaire. Substance destinée à la recherche en laboratoire.
AOD-9604
AOD-9604 : le programme clinique s’est arrêté en phase II sans efficacité démontrée, et la littérature qui a suivi porte surtout sur la détection du composé.
Cette page documente la molécule. Les dosages, le prix et la disponibilité sont sur sa fiche : Acheter AOD-9604 en France.
Identité
| Champ | Valeur |
|---|---|
| N° CAS | 221231-10-3 |
| Formule brute | C78H123N23O23S2 |
| Masse molaire | 1 815,1 g/mol |
| PubChem | CID 71300630 |
L’essentiel en 60 secondes
Qu’est-ce que l’AOD-9604 ?
L’hormone de croissance humaine compte cent quatre-vingt-onze acides aminés. Dans les années 1990, des travaux ont cherché à savoir si son activité sur le tissu adipeux tenait à la molécule entière ou seulement à une partie d’elle — et si cette partie pouvait être découpée puis administrée seule.
L’AOD-9604 est le produit de cette découpe. Il reprend la région carboxy-terminale de l’hormone, les résidus 177 à 191, et lui ajoute une tyrosine en position amino-terminale. Le sigle vient du programme qui l’a produit : anti-obesity drug, quatre-vingt-seize-zéro-quatre.
Cette construction a deux conséquences qu’il faut poser d’emblée, parce qu’elles gouvernent tout ce qui suit.
Un fragment n’est pas une version affaiblie de l’entier. Il n’a ni le même repliement, ni les mêmes surfaces exposées, ni la même affinité pour les récepteurs de l’hormone. Ce qui vaut pour la somatotropine ne vaut donc pas pour lui, dans un sens comme dans l’autre — ni ses effets, ni ses risques ne se transposent par simple analogie.
Le fragment porte deux cystéines. Elles peuvent former un pont disulfure, et c’est ce pont qui tient la boucle en place. La formule brute publiée à PubChem, C₇₈H₁₂₃N₂₃O₂₃S₂, porte les deux atomes de soufre correspondants. Ce détail structural revient plus bas, parce qu’il décide de ce qu’une pesée peut ou ne peut pas prouver.
Un synonyme erroné circule, y compris dans les bases publiques
PubChem liste, parmi les synonymes de l’identifiant 71300630, la forme « Tyr-somatostatin (177-191) ». C’est une erreur de nomenclature : la somatostatine est un autre peptide, de quatorze ou vingt-huit résidus selon la forme, et elle n’a rien à voir avec cette séquence. La littérature indexée décrit sans ambiguïté un fragment de l’hormone de croissance — « a human growth hormone fragment », dans la revue de 2006 citée en sources.
Nous le signalons parce qu’une base publique est précisément l’endroit où l’on va vérifier, et qu’une erreur recopiée depuis une source d’autorité est plus difficile à défaire qu’une erreur inventée.
Ce que le programme clinique a réellement produit
La chronologie est courte, et elle est documentée.
En février 2002, des essais de phase IIa étaient en cours, conduits par la société australienne qui développait le composé pour le traitement potentiel de l’obésité. C’est ce que rapporte la notice de Current Opinion in Investigational Drugs de 2004 (PMID 15134286).
Deux ans plus tard, la même revue publie un panorama des médicaments anti-obésité en développement clinique (PMID 16625817). L’AOD-9604 y figure, dans une catégorie à lui : « un fragment de l’hormone de croissance humaine qui augmente la dégradation du tissu adipeux ». La revue est explicite sur l’état d’avancement de l’ensemble du champ à cette date : parmi tous les composés qu’elle recense, un seul avait alors terminé les essais de phase III, et ce n’était pas celui-ci.
C’est le point le plus utile de toute cette page. Le composé n’a pas échoué bruyamment ; il n’a simplement jamais franchi l’étape où une efficacité se démontre au niveau exigé pour une autorisation. Vingt ans plus tard, cet état n’a pas changé.
Pourquoi la moitié de la littérature parle de détection
Quand on parcourt les vingt-deux publications indexées, une chose surprend : beaucoup ne cherchent pas à savoir si le composé fonctionne. Elles cherchent à savoir comment le reconnaître dans un échantillon.
La raison est méthodologique et elle est instructive. Un fragment de l’hormone de croissance pose un problème analytique particulier : ressemble-t-il assez à l’hormone entière pour être confondu avec elle par les méthodes qui la mesurent ?
La réponse publiée est non. Un travail de Drug Testing and Analysis de 2013 (PMID 24124033) établit que l’AOD-9604 n’influence pas l’immunoessai par isoformes utilisé pour la somatotropine. Autrement dit : les deux molécules ne se confondent pas dans cette méthode, et il faut une approche distincte pour chercher l’une ou l’autre.
Une revue de Journal of Pharmaceutical and Biomedical Analysis de 2014 (PMID 24906629) replace ce travail dans un ensemble plus large : celui des approches analytiques développées pour des composés qui circulent avant, ou en dehors, de toute autorisation. Ces méthodes existent parce que ces composés existent, et elles sont la seule chose qui permette d’en parler avec des chiffres.
Cette littérature analytique est plus abondante que la littérature d’efficacité. C’est un fait sur l’état des connaissances, et non un jugement sur la molécule.
Ce que les publications récentes en disent
Deux revues de 2026 remettent le composé dans un cadre plus large.
Sports Medicine (PMID 41966639) examine les peptides employés pour les blessures musculosquelettiques et la performance, en distinguant explicitement ceux qui ont passé une procédure d’autorisation de ceux qui n’en ont pas. Son constat sur l’organisation du marché est direct : un « marché gris » de composés non autorisés s’est développé, opérant largement hors de toute surveillance réglementaire. L’AOD-9604 y est nommé, dans la catégorie des composés non approuvés commercialisés directement auprès du public.
Journal of the American Academy of Orthopaedic Surgeons — Global Research & Reviews (PMID 41490200) couvre le même terrain du point de vue de l’orthopédie, avec les applications étudiées, les obstacles et les directions de recherche.
Ces deux revues sont récentes, elles sont indexées, et elles ne concluent pas à une efficacité établie. Elles décrivent un écart entre l’usage réel et les preuves disponibles.
Ce que les études ne montrent pas
Cette section n’est pas une précaution de style. Elle liste ce qu’on ne peut pas déduire des sources ci-dessus, même en les lisant favorablement.
- Aucun résultat de phase III publié. Le programme s’est arrêté en phase II. Aucune donnée d’efficacité au niveau exigé pour une autorisation n’a été publiée depuis.
- Aucune autorisation, nulle part. Ni en France, ni dans l’Union européenne, ni ailleurs à notre connaissance, pour aucune indication.
- Aucune donnée de sécurité au long cours. Les essais de phase II ne sont pas conçus pour cela, et rien ne les a prolongés.
- Rien sur l’administration. Cette page ne porte aucune posologie, et ce n’est pas un oubli. Les doses citées dans un essai sont des faits publiés ; les recopier avec une fréquence serait rédiger une posologie. Ces produits sont destinés à la recherche en laboratoire, et une page qui indiquerait comment les administrer irait contre cet usage.
- Aucune transposition depuis l’hormone entière. La somatotropine est un médicament autorisé pour des indications précises, sous ordonnance. L’AOD-9604 n’en hérite ni les effets ni le statut.
Ce qu’une analyse peut dire, et ce qu’elle ne peut pas
C’est ici que la structure du fragment revient.
Une pesée dit combien de matière se trouve dans un flacon. Elle ne dit pas dans quel état cette matière se trouve. Or les deux cystéines de l’AOD-9604 peuvent être appariées correctement, ou oxydées autrement, ou engagées dans un pont entre deux chaînes voisines. Ces formes ont la même masse — elles sont isobares. La pesée ne les distingue pas, et la spectrométrie de masse seule ne les distingue pas non plus.
Ce qui les sépare est leur comportement en séparation chromatographique, parce qu’elles n’ont pas la même forme, donc pas la même interaction avec la phase stationnaire. Une chromatographie liquide en phase inverse les rend visibles comme des pics distincts ; une masse ne le fait pas.
D’où la règle générale, qui vaut bien au-delà de cette molécule : une chromatographie quantifie une proportion, une spectrométrie de masse confirme une identité, et les deux répondent à des questions différentes. Un document qui n’en porte qu’une ne dit que la moitié de ce qu’on lui demande. Notre guide sur la lecture d’un rapport d’analyse détaille ce point.
Statut en France
L’AOD-9604 n’est pas un médicament autorisé en France. Il ne bénéficie d’aucune autorisation de mise sur le marché, ni nationale, ni européenne, pour aucune indication.
Il n’est pas non plus un complément alimentaire : cette catégorie est définie par une réglementation propre, à laquelle il n’appartient pas.
Ce qu’il est, sur ce site : un réactif destiné à la recherche en laboratoire, à l’exclusion de toute consommation humaine ou vétérinaire, réservé aux personnes majeures.
Où vérifier ce que dit cette page
Chaque affirmation ci-dessus est rattachée à une source indexée, et l’appareil de sources en bas de page renvoie directement à PubMed. L’identité chimique — numéro CAS 221231-10-3, formule brute, masse molaire — se vérifie à PubChem sous l’identifiant 71300630.
Le compte de vingt-deux publications correspond à la requête "AOD-9604"[Title/Abstract] OR "AOD9604"[Title/Abstract], relevée le 12 août 2026. Il évoluera : c’est une photographie, et la
date est là pour qu’on puisse la refaire.
Voir aussi
Notre fiche catalogue de l’AOD-9604 porte les formats réellement proposés et leur disponibilité. Le guide sur la lecture d’un rapport d’analyse explique ce qu’une chromatographie et une spectrométrie de masse établissent chacune, et le dossier « pureté contre quantité » traite la confusion la plus fréquente entre les deux nombres qu’un flacon porte.
Sources
22 publications — requête « "AOD-9604"[Title/Abstract] OR "AOD9604"[Title/Abstract] », relevé le 12/08/2026. Un volume de publications n’est pas une preuve d’efficacité.
- AOD-9604 Metabolic. — Curr Opin Investig Drugs (2004)PMID 15134286
- Obesity drugs in clinical development. — Curr Opin Investig Drugs (2006)PMID 16625817
- AOD-9604 does not influence the WADA hGH isoform immunoassay. — Drug Test Anal (2013)PMID 24124033
- Analytical approaches for the detection of emerging therapeutics and non-approved drugs in human doping controls. — J Pharm Biomed Anal (2014)PMID 24906629
- Safety and Efficacy of Approved and Unapproved Peptide Therapies for Musculoskeletal Injuries and Athletic Performance. — Sports Med (2026)PMID 41966639
- Therapeutic Peptides in Orthopaedics: Applications, Challenges, and Future Directions. — J Am Acad Orthop Surg Glob Res Rev (2026)PMID 41490200
Références au catalogue
Produits destinés à la recherche en laboratoire uniquement. Usage non humain, non vétérinaire. Ni médicaments, ni compléments alimentaires, ni dispositifs médicaux : aucune page de ce site ne fournit de posologie, d’indication ou de conseil d’utilisation.
Cette fiche documente l’identité d’une molécule et l’état de la littérature — elle ne constitue ni une indication, ni une posologie, ni un conseil d’utilisation.